Qu'est ce que la Psychosynthèse ?

La Psychosynthèse compte parmi les plus anciennes écoles de psychologie d'Europe Occidentale, puisque ses origines remontent à la rencontre du jeune Docteur Roberto ASSAGIOLI avec FREUD et JUNG en 1909.

De cette source, fut créé un processus éducatif et de maturation personnelle s'appliquant à divers domaines: pratique de coaching/counseling,  accompagnement thérapeutique, éducation, entreprise, sciences

 

Diagramme de l'oeuf

Le diagramme de "l'oeuf" de la Psychosynthèse, représentation dynamique de la psyché avec ses différents niveaux de conscience.

(voir la bibliographie)

 

Vieille dame de 80 ans, s'appuyant sur ses racines analytiques (la rigueur et l'ouverture de l'attitude analytique), elle utilise à l'intérieur de son cadre, les outils du travail thérapeutique intégrant les dimensions du corps, des émotions, de l'intellect et de l'âme.


Approchant la psyché-soma (le corps/esprit) comme un système global, elle apprend à analyser l'inconscient inférieur (les désirs refoulés), à clarifier les choix du moi conscient de la vie présente, et à être réceptif aux aspirations créatives et intuitions du supra-conscient.


Ouverture d'esprit, fluidité, humanisme, compassion, créativité, implication active dans le monde, la formation de Psychosynthèse se propose de développer ces aptitudes en vue d'une réalisation personnelle et sociale dans le monde actuel.

Psychotherapie, coaching, developpement personnel
 
LA PSYCHOSYNTHESE, une approche globale pour réintégrer le centre de l’existence.
par Tan NGUYEN, philosophe-thérapeute, Master en philosophie, ex- vice-président de la Fédération Française de Psychothérapie (FF2P).
Auteur de « Pourquoi la psychothérapie ? » (Dunod). Tous droits réservés, mai 2005

Comme toute histoire, celle de la Psychosynthèse commence par une rencontre. En 1909, Jung rencontre le jeune Roberto Assagioli venu effectuer un stage dans la fameuse clinique suisse du Burgholzli dirigée par Bleuler dont il était l’adjoint. Jung écrit alors à Freud : « parmi les oiseaux migrateurs…notre premier italien, un certain docteur Assagioli, de la clinique psychiatrique de Florence. Ce jeune homme est très intelligent, et paraît très cultivé, un adepte enthousiaste qui entre dans notre domaine avec le brio nécessaire ». C’est ainsi que Roberto Assagioli entra en contact avec les milieux psychanalytiques: il devint le premier psychanalyste italien et le correspondant de la Jahrbuch für Psychoanalytische und Psychopathologische Forschungen, l’annuaire de la psychanalyse. Mais bientôt, Jung et Assagioli, qui étaient des esprits indépendants, allaient diriger leurs recherches dans une direction différente de l’obédience freudienne. Jung jettera les bases du processus d’individuation et Assagioli créera en 1926 la bio-psychosynthèse. Signalons la similitude de leurs recherches d’autant que leurs auteurs garderont une relation épistolaire. Quels sont les principes fondateurs de la Psychosynthèse ?

1• Les principes fondateurs de la Psychosynthèse.

1.a • Psychosynthèse et psychanalyse.
 
 
La psychanalyse de Freud est apparue à la fin du 19e siècle pour démonter certaines « vérités » métaphysiques de la philosophie occidentale à propos de la conscience. Jusqu’à Freud, la philosophie était basée sur un Sujet de Raison unifié en quête d’une connaissance absolue du monde et de la nature. La Philosophie des Lumières était supposée apporter la libération par un processus d’illumination (Aufklärung). Descartes faisait référence à un Sujet pensant dont le doute quant à lui-même était la preuve même de son existence. Kant, avec l’Impératif Catégorique, éleva la morale au niveau de l’universel.
 
 
Freud vint déranger ce tableau en soulignant la nature divisée du Sujet et les mobiles cachés de l’inconscient. Il a introduit une révolution copernicienne en montrant que l’homme occidental n’est même pas le maître de son âme : « Allez dans votre moi profond, et apprenez d’abord à vous connaître, et alors vous saurez pourquoi vous devez tomber malade, et peut-être éviterez vous de tomber malade ». Freud eut l’ambition de créer une science de l’inconscient, distincte de la médecine qui négligeait la subjectivité du thérapeute, et de la religion qui pouvait dissimuler les instincts réprimés. Il déclara à Binswanger qui était alors jeune psychiatre imprégné de philosophie et de spiritualité : « l’humanité, en effet, savait qu’elle était dotée d’esprit ; je devais lui montrer qu’il existe aussi des pulsions. Mais les hommes sont toujours insatisfaits, ils veulent toujours quelque chose d’entier et d’achevé »(Binswanger, Analyse existentielle, p.346).
 
 
A l’opposé, Assagioli suivant en cela Jung et Binswanger, réintroduisit la philosophie et la dimension du spirituel dans la psychothérapie. Il se référait explicitement à la psychagogie, la pédagogie platonicienne de l’élévation de l’âme vers l’idéal, et tout en acceptant l’existence de l’inconscient, proposait de cultiver des qualités transpersonnelles telles que l’amour, la joie, la beauté. Il plaçait au centre de la psyché, le Sujet, le Je, distinct des contenus de la conscience et apportant une perspective unificatrice à la psyché tout entière. En 1926, il écrivait: « La psychosynthèse étudie chaque fait psychique en relation à sa connexion vitale avec le centre de conscience, sur la base de la connaissance et de l’action du Je ». Ce Je est élaboré par la pratique de la désidentification et reflète les énergies du Soi (analogue au Soi de Jung qui représente l’entièreté de la psyché, incluant l’inconscient).
 
 
Assagioli, tout comme Jung, abandonna le concept de libido en faveur du concept plus large d’énergie psychique. Il fit la distinction entre différents plans d’inconscient alors que Freud considérait l’inconscient comme un tout: un plan supérieur ou supra-conscient correspondant aux aspirations créatives, spirituelles et artistiques, un plan moyen qui équivaut au pré-conscient freudien, et un plan inférieur ou infra-conscient qui ne serait autre que l’inconscient freudien. Dans un tel schéma, les tendances esthétiques, religieuses seraient là, dès le départ, dans l’inconscient, prêtes à être conscientisées. L’homme de la préhistoire serait notre égal, disposé, comme nous à goûter à la beauté et au mystère du monde: les peintures de la grotte de Chauvet nous le montrent ainsi.
 
De plus, comme cela fut souligné par le philosophe français Paul Ricœur, la psychanalyse s’est concentrée sur l’analyse de la construction passée de la personnalité. Freud a dit expressément qu’une psychosynthèse était inutile puisque, après une analyse approfondie, la synthèse se produirait d’ellemême: « quand nous réussissons à décomposer un symptôme, à libérer un émoi instinctuel de l’association où il se trouve engagé, il ne demeure pas isolé mais entre immédiatement dans une nouvelle combinaison…C’est ainsi que se réalise automatiquement, inévitablement, la psychosynthèse, sans que nous ayons eu à intervenir » (Freud, la technique psychanalytique, p.134). En fait, il nous semble qu’un processus de synthèse de la psyché a besoin de s'appuyer sur la conception d'un sentiment de raison d'être et de devenir. Pour définir ce sentiment, Assagioli a utilisé le concept de transmutation des énergies psychiques et de synthèse des opposés. Ce concept fait référence à une téléologie des profondeurs de la psyché, c’est à dire à un sens de finalité dynamique alors que la psychanalyse freudienne tend vers une régression toujours plus lointaine dans le passé antérieur.
 
Ainsi, Assagioli a donné à la Psychosynthèse une direction qui diffère de la psychanalyse de façon radicale. La désidentification en est une notion-clé. Assagioli le décrit ainsi : « nous sommes dominés par tout ce à quoi nous nous sommes identifiés. Nous pouvons dominer et contrôler tout ce dont nous nous désidentifions. » (Psychosynthesis, p.22). Ainsi, si je porte toujours la même chemise, je finis par me confondre avec elle, par croire que c’est ma peau elle-même. Effectivement, la désidentification de certaines mémoires archaïques équivaut à un douloureux arrachement à une jouissance morbide, mais elle mène aussi vers une prise de conscience d’une réalité plus grande du Soi que constitue l’entièreté de la psyché. « Je » réalise que j’ai une et même plusieurs chemises, mais que je ne suis pas ma chemise. » Le « Je » d’après la désidentification n’est évidemment plus le même que celui d’avant la désidentification. Ceci ouvre une nouvelle perspective sur les crises morales ou existentielles, sur l’expérience du deuil et de la perte qu’un individu traverse au cours de la vie. Il ne s’agit alors plus alors de lutter contre la perte irrémédiable d’une ancienne identité refoulée, mais de s’ouvrir sur une expérience d’une identité ressentie comme étant plus large, le Soi. La perte et la mort sont incluses dans ce processus comme faisant partie de l’expérience humaine . L’inconscient freudien est marqué par la dualité conflictuelle conscient/inconscient, pulsion de vie/pulsion de mort, ça/surmoi. L’inconscient de la psychosynthèse prend en compte l’existence des polarités comme une phase nécessaire ouvrant vers une synthèse nouvelle, inconnue au départ et dépassant l’opposition entre les polarités. A côté du pas de deux freudien, Assagioli lance une danse à trois temps : prise de conscience d’identifications inconscientes, désidentification, puis nouvelle prise de conscience d’un autre « Je » reflétant un Soi transpersonnel. La phase de synthèse est un tiers inclus dans cette dynamique alors qu’une logique binaire exclut la synthèse.
 
1.b. Psychosynthèse et psychothérapie humaniste.
 
En 1965, parut aux Etats-Unis, l’ouvrage d’Assagioli Psychosynthesis, regroupant ses idées élaborées dans divers articles au cours d’un demi-siècle. Il y brossait un tableau du vaste « travail » de réalisation de soi de la psyché : « Si nous considérons la psychosynthèse comme un tout, avec toutes ses implications et développements, nous réalisons qu’elle ne doit pas être envisagée comme une doctrine psychologique particulière ni comme une procédure seulement technique. C’est d’abord et avant tout une conception dynamique et même dramatique de notre vie psychologique qu’elle décrit comme une interaction permanente et conflictuelle entre d’une part, les différentes forces de nature diverse, et d’autre part un centre unificateur qui tend sans cesse à les contrôler, harmoniser et utiliser. Par ailleurs, la psychosynthèse utilise de nombreuses techniques d’action psychologique, visant d’abord le développement et perfectionnement de la personnalité, et ensuite sa coordination harmonieuse et son unification croissante avec le Soi. Ces phases peuvent être respectivement appelées « personnelle » et « spirituelle »(Psychosynthesis, 1970, p.30). Ainsi, Assagioli décrivait une vue d’ensemble d’un chemin de réalisation personnelle qui incluait à la fois le parcours psychothérapeutique et l’aspect éducation, développement personnel, formation, inhérent à ce chemin. Ce travail psychique implique : •   une utilisation des énergies de l’inconscient devenues disponibles grâce à l’analyse. •   le développement des aspects de la personnalité déficients ou inadéquats. •   la coordination des différentes énergies et fonctions psychologiques dans le nouvel ensemble de la personnalité ainsi créé.

C’est un vaste programme que décrit Assagioli ! ! Il précise que les différentes phases et méthodes sont imbriquées ensemble et ne sont pas dans un ordre séquentiel. « Un être humain n’est pas un immeuble dont les fondations doivent d’abord être posées, puis les murs érigés, et finalement le toit surajouté. Le vaste programme intérieur de la psychosynthèse peut être entrepris à partir de points de vue et d’angles différents en même temps, et les différentes méthodes et activités peuvent être judicieusement alternées pendant des cycles plus ou moins longs, suivant les circonstances et les conditions internes » (Psychosynthesis, p.29).
Cette méthodologie a de quoi séduire les tenants de la psychothérapie humaniste qui avait émergé aux Etats-Unis dans les années 60 en s’appuyant sur les travaux d’ Abraham Maslow et de Carl Rogers, entre autres. Ce courant avait donné naissance à une profusion de techniques de psychothérapie effectuant une prise en compte du corps, des émotions et du fonctionnement mental. C’était alors une période de créativité quelque peu anarchique incarnée par le pittoresque créateur de la Gestalt-thérapie, Frédérick Perls.
 
La psychosynthèse apportait un plus à ce mouvement par son cadre intégrateur et son esprit d’élaboration et de construction. Elle donnait un sens à la dynamique du travail sur soi. Elle permettait aussi d’intégrer un vaste éventail de techniques ajustées aux besoins individuels : musicothérapie, dessin, catharsis, analyse, etc. Assagioli avait créé la première psychothérapie intégrative de l’Occident. En 1970, une délégation de psychothérapeutes américains provenant de l’Institut Esalen, berceau de la psychothérapie humaniste, vint rencontrer le sage de Florence et étudier avec lui. Ces américains qui avaient un esprit de pédagogue, allaient organiser la pédagogie de la psychosynthèse sous forme de stages et d’enseignement structuré, ce que le fondateur avait peu fait jusqu’alors. Durant la décennie 1970-80, la psychosynthèse connut un certain essor aux Etats-Unis : certains de ses termes (désidentification, subpersonnalités) seront pillés par d’autres méthodologies plus soucieuses d’efficacité.
 
2. Le cadre de la psychosynthèse.
 
Une psychothérapie s’effectue à travers la rencontre entre le thérapeute et le client/patient dans un cadre donné. Quelles sont les caractéristiques du cadre de la psychosynthèse ? •   2.1 Un cadre flexible et structuré. La psychosynthèse est un système ouvert: son cadre de travail thérapeutique reflète cette caractéristique fondamentale. Le travail s’effectue principalement sous forme de séances individuelles, bien que le format du groupe puisse également être adopté. Le rythme des séances est ajusté aux besoins du client/patient. Ce dernier est dans une position face à face avec le thérapeute, bien qu’à l’occasion, il puisse se trouver allongé sur le divan pour un travail analytique, un travail corporel ou cathartique. Des tâches peuvent lui être prescrites entre deux séances pour mieux intégrer une prise de conscience ou essayer un nouveau comportement.

De cette description de la clinique de la psychosynthèse, il pourrait ressortir l’impression que cette psychothérapie serait un syncrétisme de diverses approches, allant de la psychanalyse à la thérapie comportementale et cognitive. En fait, c’est le cadre qui donne son unité à cette approche et les techniques ne sont que des outils pour renforcer ou faire émerger le processus de synthèse. Un thérapeute en psychosynthèse, Molly Brown, écrit dans « The Unfolding self »(1983) : « nous avons besoin de reconnaître et d’accepter chaque client quelque soit son niveau de conscience, ses talents et ses problèmes, et d’assister cette personne lors de son pas suivant dans le processus de synthèse ». Une telle pratique requiert du thérapeute une écoute extrêmement fine pour bien analyser la nature de la problématique du client, ce qui demande de ne pas l’enfermer tout de suite dans une seule grille de lecture. Le thérapeute doit donc avoir une culture assez large dans le domaine de la psychothérapie et une connaissance des différentes grilles de lecture (psychanalyse, psychosynthèse, cognitivisme, psychothérapie humaniste) et de l’avancée des recherches dans le domaine.
Le cadre théorique et clinique, la formation du thérapeute et ses représentations, les attentes du client/patient venant consulter en psychosynthèse, sont autant d’éléments qui constituent le champ de la psychosynthèse clinique. Qu’est-ce qui différencie ce champ d’un autre champ comme celui de la psychanalyse ou de la psychothérapie humaniste ? Reprenons les idées d’Assagioli :
 
-   La co-existence et imbrication de différentes zones de l’inconscient (inférieur, moyen, supérieur). Tous les matériaux de l’inconscient sont donc à considérer dans une interaction dynamique.
-   Un axe central : le Je relié à un Soi transpersonnel. Le client accède à l’expérience de cette identité centrale en se désidentifiant de ses sous-personnalités (ou personnalités secondes).
-   La synthèse : maintenir une tension entre deux pôles opposés jusqu’au point où une synthèse d’un niveau supérieur puisse émerger est une figure de rhétorique connue depuis Aristote. La psychosynthèse l’utilise comme outil de transformation de la personnalité.
-   La volonté : des techniques pour susciter ou renforcer la volonté ont été décrites par Assagioli dans la Volonté libératrice (1974). De par sa référence au Je/Soi, le contexte d’application est très différent de la thérapie cognitiviste/comportementale. -   La technique du modèle idéal permet de visualiser un autre mode de fonctionnement possible à partir d’une intuition de ce qui serait le plus cohérent avec notre devenir.
-   L’analyse existentielle : la psychosynthèse apporte un éclairage nouveau sur les crises existentielles perçues comme une déstructuration de la personnalité éventuellement suivie d’une reconstruction et d’une synthèse ultérieure à un niveau plus complexe.

2.2 Un espace de création.
 
La psychothérapie est un traitement de la souffrance, c’est à dire un soin du mal de l’âme. L’âme souffre de se retrouver enfermée dans ses propres représentations et d’être coupée du monde des humains. C’est notamment le cas du psychotique, mais aussi du déprimé ou de tout malade. Selon la psychosynthèse, le chemin de la guérison du patient est celui du retour vers son humanité, c’est-à-dire le réveil du désir de vivre, d’échanger avec les autres et avec le monde.
Assagioli disait : « il y a dans la psyché humaine une tendance fondamentale vers l’unité et la synthèse ». Or, il n’y a pas de complétude sans le contact avec les autres et avec le monde. Cela est valable que ce soit dans le cas de la psychosynthèse thérapeutique ou dans le processus de réalisation de soi. Le processus thérapeutique personnel n’est donc pas fondamentalement différent de la réalisation de soi. Alberto Alberti, psychiatre et élève d’Assagioli, le nomme processus thérapeutique/ de réhabilitation/ d’auto-apprentissage. La psychosynthèse fournit un cadre pour le façonnement d’une nouvelle personnalité reconstruite autour d’un centre existentiel, le Je, relié à un Soi transpersonnel. Le cadre thérapeutique est ainsi une façon pour le patient de rétablir sa propre créativité et fécondité, puis de réintégrer, en tant que personne humaine, la collectivité.

Il est considéré comme une matrice de changement dynamique, un espace de création et non pas un retour vers l’état fœtal. Personnellement, je considère qu’une séance de thérapie individuelle a »fonctionné »quand elle a produit un mouvement, un déplacement de l’énergie psychique même minime qui se traduira par effet de résonance dans la vie personnelle du patient. Il ne s’agit pas juste de comprendre l’origine de ses maux, mais de vivre le conflit des polarités qui guide vers une synthèse nouvelle. En cela, la psychosynthèse est différente d’autres méthodologies thérapeutiques et se rapproche, dans ses principes, de la logique antagoniste de Stéphane Lupasco.
Le lieu thérapeutique est un lieu ouvert, dans ce sens que cette expérience de création du Soi est accessible par de multiples voies : le corps, les émotions, les sentiments, l’imagination, la volonté. Le thérapeute utilisera une palette de techniques ajustées aux besoins actuels du patient : techniques d’acceptation, techniques cathartiques, éducation des fonctions psychiques, techniques corporelles, développement de la volonté, évocation du supra-conscient, évocation des sentiments esthétiques et de la dimension poétique du Soi.

Le but final de l’utilisation de ces techniques n’est pas de produire un résultat déterminé à l’avance (ex.: la décharge d’une émotion), mais de rendre accessible une expérience indéterminée et imprévisible à l’avance, celle du Dasein décrite par Heidegger. L’être-là se manifeste et apparaît à lui-même et au monde, comme au commencement des temps. La psychosynthèse est très proche de la phénoménologie de Husserl, Heidegger et Binswanger. Elle aussi, « suspend » les certitudes et les modèles de référence pour laisser apparaître un monde plus coloré et plus chaleureux. L’art de la thérapie commence quand celle-ci peut révéler l’essence du visible émergent du champ du visible.

Le thérapeute veillera à la fois à l’évolution de la relation transférentielle au cours du temps, mais aussi à la qualité de la relation existentielle établie entre deux êtres, le Je-Tu du philosophe Martin Buber. Cette double relation est le vecteur d’échanges du processus et soutient la création permanente de l’espace thérapeutique. D’un côté, le transfert permet d’explorer des niveaux infantiles archaïques et de désinvestir des énergies qui y étaient figées. De l’autre côté, la qualité de la relation existentielle entre thérapeute et patient réintroduit ce dernier (souvent enfermé dans sa souffrance et ses élucubrations internes) dans le monde des échanges humains en lui montrant un modèle différent de rapports humains. Suivant l’évolution du processus, l’attention sera donnée à l’un des deux modes de relation.
 
3• Les champs d’application
 
3.1. La diversité des champs Assagioli avait défini les trois champs d’application de la psychosynthèse :
 
- une méthode de développement psychologique et de réalisation de soi. -une méthode de traitement des troubles psychologiques et psychosomatiques.
- une méthode d’éducation intégrale de l’enfant et de l’adolescent. Ces trois voies ont été explorées. Certains exercices de la psychosynthèse ont été repris et utilisées dans nombres de méthodologies de développement personnel dans des contextes divers (entreprise, institutions, individuels) : ainsi l’imagerie mentale et les visualisations sur les symboles archaïques, ou encore la désidentification, ainsi que les jeux de rôles sur les subpersonnalités. Une application a été trouvée par Diana Whitmore et Piero Ferrucci concernant l’éducation des enfants et adolescents.
Le champ privilégié est bien sûr la psychothérapie soit en libéral, soit en institution. La psychosynthèse traite de toutes les pathologies : troubles obsessionnels compulsifs, dépression, dépendances, phobies, etc. En Italie, des psychiatres ayant étudié avec Assagioli l’appliquent dans le contexte psychiatrique : ainsi le docteur Alberto Alberti ou le docteur Massimo Rosselli. En Hollande, le docteur Marco de Vries avait appliqué la psychosynthèse au cancer. Aux Etats-Unis, John Firman a effectué un travail sur les dépendances. Par ailleurs, des personnes ayant entrepris une quête spirituelle, ont trouvé dans la psychothérapie en psychosynthèse, un éclairage utile .
 
3.2. Les limites et contre-indications.
 
 
Dans une interview donnée au magazine Psychology Today en 1973, Assagioli reconnaissait que la psychosynthèse avait les défauts de ses qualités : sa trop grande ouverture pouvait l’empêcher de faire reconnaître sa spécificité. La liberté donnée au patient pouvait aussi l’empêcher de se frotter au principe de réalité. De par sa référence au Soi et à la dimension du spirituel, la psychosynthèse a pu attirer dans le passé, des personnalités de tendance borderline qui avaient un grand potentiel créatif, mais étaient mal insérées dans le tissu social et relationnel.
S’il y a une contre-indication à donner, ce serait de prévenir contre l’idéalisation. Toute thérapie est un rude chemin, et la psychosynthèse n’est pas une exception. Néanmoins, il y a une qualité de lumière qu’elle transmet, et qui ne se trouve pas ailleurs dans d’autres approches. Et nous savons par expérience combien la lumière même perçue fugitivement éclaire l’obscur chemin de la connaissance de soi !
 
4• La formation
 
Il y a 2 cycles: un cycle de formation personnelle (1 an) et un cycle de formation professionnelle (3 ans et demi).
 
Chaque cycle forme un ensemble avec sa propre logique. Le 1er cycle vise à (r)éveiller les ressources créatives du participant, il lui donne en même temps, un bagage essentiel pour se comprendre et développer ses capacités d’autonomie et de reliance au vivant. C’est une formation à une manière de penser et vivre la vie et ses crises, de rêver et réaliser ses projets. Le 2ème cycle fournit une formation professionnel solide au conseil, à la relation d’aide et à la psychothérapie en psychosynthèse, calquée sur les normes définies par l’E.A.P. (European Association for Psychotherapy). La psychosynthèse figure parmi les méthodes de psychothérapie retenues par l’EAP et la FF2P pour préparer au CEP (Certificat Européen de Psychothérapie). Ce cycle de formation professionnelle comprend :   Une formation de 3 ans au Counseling/coaching en psychosynthèse, en collaboration avec la SIPT, l’école italienne de formation à la psychosynthèse reconnue comme établissement universitaire par l’Etat. Les diplômés s’inscrivent sur le registre officiel des Counselors.  Pour les Counselors, il y en plus, une formation de 6 mois à la psychopathologie et psychothérapie. Les participants ayant suivi l’ensemble, avec le mémoire de fin d’études et 300 heures de pratique clinique, reçoivent le Certificat final du Centre Source qui leur permet d’accéder au CEP (Certificat européen de psychothérapie). L’ensemble des 2 cycles représente une durée de 2000 h de formation comprenant cours, stages, séances individuelles, pratique clinique, supervision, lectures, rédaction de mémoire. La formation professionnelle développe les qualités personnelles et le savoir technique indispensables pour faire un bon écoutant. Cependant, elle ne peut que donner des bases, c’est à l’écoutant d’utiliser cette formation et de la compléter par la suite, en prenant conscience de ses propres lacunes et besoins. Notre expérience des 15 dernières années a montré que les personnes qui avaient, très ancré en elles, un désir d’écoutant, de conseil ou de psychothérapeute ont su l’exprimer et lui trouver un champ d’application (hôpital, entreprise, libéral) dans un domaine où il y a de grands besoins. Au cours de leur formation, les apprentis écoutants ou thérapeutes exercent déjà une pratique d’écoute réelle sous supervision (50 à 200 h suivant les cas) : ceci est un moyen de tester leur désir. Une fois installé, le praticien crée et développe sa pratique à partir de sa propre synthèse, inventant de nouvelles techniques. Suivant le mot d’un maître d’arts martiaux, il n’y a pas de technique sans le poème qui l’accompagne !
 

Bibliographie  :

La Psychosynthèse ( P.Ferrucci, éd.Retz) en vente au Centre Source
Le développement transpersonnel (Assagioli, éd. Desclée de Brouwer).
Psychosynthesis (Assagioli, Viking Press)
Site web: www.psychosynthese.com

 

Secrétariat :

CENTRE SOURCE-Ecole Française de Psychosynthèse
22 rue Prosper GRESY
13006 MARSEILLE
Tel. 04 91 58 82 84



 
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